Symbolisme roman en Saintonge suivi du Dodécaèdre romain par Jean-Paul Alonso
Jean-Paul Alonso aux éditions-arte-politeia.com 1
Symbolisme roman en Saintonge
suivi du Dodécaèdre romain
par Jean-Paul Alonso
Réalisé par les éditions-arte-politeia.com © Janvier 2023
pour l’Association pour la non-violence et la solidarité (ANOSO)
Sur la route de la Basilique Saint Eutrope
avec en couverture la Cathédrale Saint Pierre
deux des trois édifices romans majeurs de Saintes
Bienvenue aux
éditions-arte-politeia.com
« C’est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner à toutes les intelligences libres les moyens de comprendre et de juger elles-mêmes les événements du monde. »
Jean Jaurès
Table
Remerciements
Symbolisme roman en Saintonge
Introduction
Des symboles sur mon chemin de vie
Analyse philosophique
Analyse historique
Impossible interprétation symbolique
Ce que dit la Bible
Ce que me disent les symboles romans
Conclusion
Dodécaèdre romain
Introduction
Découverte du dodécaèdre
Première hypothèse
Deuxième hypothèse
Conclusion
Bibliographie principale
Remerciements : Je remercie les personnes qui m’ont encouragé à réaliser ce projet en me conseillant ou participant à la relecture de mes tapuscrits. Je remercie la vie, l’harmonie, la beauté de la Nature et de l’Univers qui m’ont donné la santé physique et la force spirituelle et intellectuelle pour écrire ce modeste opuscule. Un grand merci également à toutes les contributrices et tous les contributeurs aux multiples savoirs sous toutes les formes et tous les supports qui m’ont permis de trouver les informations utiles à ma propre contribution.
Symbolisme roman en Saintonge
Introduction : Les bâtisseurs n’ont pas laissé d’explication pour déchiffrer les symboles sculptés dans nos édifices religieux romans en Saintonge. Des interprétations diverses circulent à leur sujet sans en saisir le sens général. L’étude philosophique, historique et spirituelle de cette période permet d’avancer une interprétation générale et de montrer les avantages que pourrait tirer la civilisation occidentale à plus de démocratie, de justice et de spiritualité.
Des symboles sur mon chemin de vie : Début 2020, je venais de terminer l’impression de Politeia (tome 1), un ouvrage colossale qui m’a demandé onze ans de ma vie, quand j’ai commencé à lire La vie divine de Srî Aurobindo pour me détendre. Nous traversions le premier confinement, débuté en mars 2020, qui avait mis à l’arrêt une bonne partie de l’activité économique. Les rues étaient désertes, les bruits de moteur, les odeurs d’essence, les cris des marchands du marché Saint Pierre avaient fait place aux chants des oiseaux. La nature semblait renaître sous nos pieds dans un parfum d’éternité. La pensée sublime du sage et mes méditations ont couronné cette atmosphère divine. L’inspiration m’a aussitôt fait reprendre la plume.
Je commence ainsi Pour la révolution intérieure à la mémoire de Srî Aurobindo : « Après les onze années consacrées à Politeia, j’ai obtenu de belles solutions politiques sur le papier, mais je suis devenu perplexe face au temps qu’il nous reste pour accomplir le changement, si l’on considère l’accélération de la dégradation de notre environnement terrestre.
Écologiste en actes (non-encarté), partisan de la non-violence, je pense que chacun de nous doit faire sa révolution intérieure avant d’espérer voir un changement de politique globale. Après avoir terminé le Tome 1 de Politeia, j’ai commencé à lire La vie divine de l’Indien Sri Aurobindo Ghose (1872-1950) pour faire une coupure avec le sujet politique. Dans mon désarroi, j’ai lancé un coup de dés dans mes méditations quotidiennes en demandant une solution pour que l’humanité revienne en territoire soutenable avant qu’il ne soit trop tard. Mon intuition m’a répondu que je devais écrire ce texte sur la spiritualité avant de commencer le Tome 2 de Politeia qui traite de l’économie et de l’écologie. L’inspiration spirituelle a bondi comme un ressort compressé qui jaillit d’un seul coup d’une boîte. Cette soif d’intériorité semble avoir été contenue durant les onze années de durs travaux consacrés au politique. » (P. 4)
Je suis sorti transformé de cette aventure : « Bien que mon éducation ait voulu faire de moi un catholique et que je sois devenu athée puis agnostique, je suis convaincu aujourd’hui que nous sommes tous reliés à une intelligence globale cosmique. Je développe ici ce concept qui ne fait pas de moi un croyant qui va se jeter dans les bras d’un dieu, dût-il s’appeler Brahman[1]. » (p. 5)
Conscient que mon temps littéraire consacré à Politeia était trop lent pour servir l’écologie, j’ai écrit l’opuscule Solutions pour le climat et l’humanité ! (gratuit sur le site).
Mais au mois d’août 2022, une nouvelle révélation gravée dans la pierre cette fois m’est parvenue. Mes recherches historiques passées sur le Moyen Âge, afin démêler le vrai du faux pour Politeia, se sont révélées une nouvelle fois fructueuses. L’histoire religieuse s’est fondue dans l’histoire politique et mes conceptions non-violentes et spirituelles.
Analyse philosophique[2] : En 312, l’empereur romain Constantin s’est convertit au christianisme pour cumuler les pouvoirs temporel et spirituel. L’idée qu’un empereur peut incarner la volonté de Dieu par la force des armes fera école chez les clercs. En 476, l’Empire romain d’Occident disparaît, mais l’Église romaine continue d’être un instrument de soumission politique. La conversion forcée des peuples se poursuit avec Clovis baptisé en 496. Charlemagne, qui convertit comme Clovis à la hache au nom de Dieu, contraint le pape Léon III à le couronner empereur en l’an 800.
En 1027, l’Église impose la Trêve de Dieu en Europe. Elle interdit aux rois et à leurs vassaux de faire la guerre durant certaines périodes de l’année sous peine d’excommunication. Les rois trouvent un nouveau terrain de jeu avec la création des moines-soldats et les croisades qui débutent en 1095 pour libérer la Terre sainte. Ces expéditions lointaines épargnent les communes libres, où les chartes communales, le christianisme, les traditions, le corporatisme et le droit coutumier permettent aux villageois de prospérer.
On n’en dira pas autant du droit positif au service de l’État, qui impose des lois trop souvent absurdes ou scélérates, que le peuple cherche à contourner pour éviter de subir des injustices ou la pauvreté. Effectivement, quand des hommes intéressés écrivent le droit, plus rien ne va. Le droit coutumier ou droit vivant, qui résulte des besoins des villageois disparaît progressivement avec l’affirmation du droit positif centralisé écrit par la royauté. Cette confiscation du droit coutumier permet d’unifier les règles sur tout le territoire pour mieux soumettre le peuple aux corvées, taxes et impôts seigneuriaux[3]. Le droit divin imposé par l’Église est également loin d’avoir que des avantages comme les services religieux, la charité et les hôpitaux. La dîme sert aux papes et aux évêques à mener un important train de vie et des guerres de conquêtes présentées comme des guerres de défense. Cette rhétorique fera école.
L’Église trouve des faire-valoir intellectuels pour défendre la guerre juste en canonisant des philosophes gréco-romains préchrétiens. Elle invente des saints, des évêques et des reliques. C’est le cas notamment d’Augustin, né en 430 av. J.-C., canonisé en 1298 avec le titre d’évêque d’Hippone[4]. Cette supercherie est restée gravée dans les dictionnaires, les encyclopédies, et autres ouvrages savants. Elle concerne d’autres pères de l’Église. Augustin (430-354) comme tous les grands intellectuels au service de l’empire ne pouvait que défendre la guerre : « Le mal est subordonné au bien, qui seul procède de l’énergie divine ; le mal n’est donc efficient que par le bien qu’il recèle. ». Augustin privilégie la cité de dieu sur la cité des hommes qui ont été frappés du péché originel. Ceux qui choisissent la cité des hommes sont voués à la damnation éternelle. Pourtant, selon lui : « L’État est une association d’intérêts qui assurent l’existence matérielle et la paix, et à ce titre l’État peut exiger l’obéissance ». À nous de savoir si l’on veut persister dans la marche de l’histoire des hommes ou la marche vers l’éternité.
Le philosophe grec Aristote est introduit en Occident vers 1230 par le théologien, juriste et médecin musulman andalou Ibn Rusd, dit Averroès. Il a été l’inspirateur de la scolastique et de Thomas d’Aquin (1225-1274). D’Aquin est le fils du comte d’Aquino du royaume de Sicile. Il a été canonisé en 1323, puis proclamé docteur de l’Église en 1567. Dans la Somme théologique, il présente trois critères cumulatifs de la juste guerre : l’autorité légitime du souverain, la juste cause, l’intention droite. Giovani de Legnano, spécialiste du droit canon, proche de plusieurs papes, publie en 1360, son Traité de la guerre et du duel. Il dit sans surprise que la guerre est un remède divin pour combattre les maux de ce monde, à condition qu’elle soit déclarée par une autorité supérieure et pour défendre une juste cause.
La monstruosité des États est d’avoir réussi à justifier la guerre pour mieux soumettre les populations à leurs lois. Tous les peuples semblent encore convaincus aujourd’hui que la guerre est incontournable et courent prendre les armes au premier son du tambour.
Au XVe siècle, les guerres de conquête de nouveaux territoires en Afrique, en Asie et en Amérique sont légalisées par les autorités ; l’esclavage humain s’intensifie. De 1503 à 1509, le pape Jules II rétablit l’autorité de l’Église sur ses États. Érasme voit ce pape-soldat entrer cuirassé à la tête de ses troupes dans Bologne après deux mois de siège. Il écrit dans sa Complainte de la Paix publiée en 1517 : « Je t’en supplie, ô prince chrétien, si tu es vraiment chrétien, contemples l’image de ton Seigneur, prends en considération la manière dont il a pris possession de son royaume (…) et tu comprendras vite la façon dont il veut que tu gouvernes le tien (…) »[5] Pour Machiavel (1469-1527), dans Le Prince (1513), « la guerre est juste si elle est nécessaire. ».
Analyse historique : La fin des incursions sarrasines et scandinaves et le mouvement de Paix de Dieu pacifient les seigneurs féodaux et relancent l’activité économique au XIe siècle. De nouvelles techniques augmentent le rendement agricole et favorisent la croissance démographique. La sécurisation des routes multiplie les échanges culturels et commerciaux. La paix relance les pèlerinages en Europe, notamment ceux de Saint-Jacques-de-Compostelle sur la tombe de l’apôtre Jacques et de Tours où repose saint Martin. Les croisades ouvrent la route de Jérusalem et favorisent les échanges avec le Moyen Orient. J’ai appelé cette période le « Miracle communal » (Politeia, 2020), que l’on peut rebaptiser dans cet article le « Miracle roman ». Effectivement, ce sont bien dans les communes médiévales, véritables îlots de liberté au milieu de la féodalité, qu’apparaissent les édifices romans.
Plus conciliantes que les démocraties antiques d’Athènes et de Rome, ces communes pratiquaient la démocratie censitaire ouverte bien souvent aux femmes actives qui exerçaient tous les métiers[6]. Les reines régnaient et certaines abbesses portaient la crosse et battaient monnaie. L’esclavage n’existait pas et les serfs enfuis ou affranchis des seigneuries féodales ou ecclésiastiques y trouvaient refuge. Ils pouvaient devenir citoyen après une période probatoire d’une année.
Les hommes des communes médiévales semblent avoir trouvé une unité intérieure qui c’est étendue à leur univers social. Chacun trouvait dans la commune les services qui lui permettaient l’accomplissement d’une vie bien remplie. Moines, Nones ou Bonhommes (Cathares), Templiers, Hospitaliers, Bourgeois, Artisans des corporations et Bâtisseurs ont tous participé à cette période historique équilibrée, reliée à l’universel par la foi. Les historiens au service des princes l’ont vite oubliée pour flatter les empereurs, les rois et les dirigeants de tout bois. Le christianisme et le communalisme sont à l’origine de ce miracle dont la littérature courtoise et les édifices religieux sont les plus éclatants témoignages. Il faut cependant reconnaître quelques rares avancées impériales. En 212 ap. J.-C., Caracalla offre la citoyenneté à tous les hommes libres de l’empire. Charlemagne développe l’écriture caroline et l’alphabétisation de l’élite. Aux XIe et XIIe siècles, les œuvres de nombreux auteurs antiques traversent les Pyrénées à dos de mulet. Elles sont traduites de l’arabe en latin et recopiées dans les monastères. Toutes les disciplines en profitent. En plus des manipulations ecclésiastique déjà signalées, l’économie se financiarise avec la lettre de change qui permet aux croisés de retrouver leurs fonds en Terre sainte. Il y aurait beaucoup à dire sur l’incapacité d’un pouvoir centralisé de type impérial, ecclésiastique, royal ou autre à gérer ses finances (Voir Politeia et La Bienheureuse).
Initialement, la royauté était une force spirituelle et militaire protectrice du peuple. Les valeurs terriennes, chevaleresques et de loyauté sur lesquelles reposait l’Ancien régime étaient incompatibles avec la finance qui transcendait le régime féodal terrien. En pratique, quand les caisses étaient vides, la guerre du prince devenait l’affaire de tous. En théorie, « c’était au nom de son peuple et pour la défense de ses terres que ce dernier risquait sa vie et son héritage. On retrouvait ce paternalisme souverain dans toutes les allocutions rhétoriques adressées aux délégués des États, auxquels le souverain ou son chancelier réclamait des impôts supplémentaires pour poursuivre une guerre de conquête présentée le plus souvent comme étant une guerre de défense. »[7]. Les guerres injustes, les pillages et l’esclavage venaient à la rescousse du trésor royal.
C’est néanmoins la soif de savoir de l’homme médiéval, boostée par sa spiritualité, qui a construit le creuset de la civilisation occidentale. Pourtant, l’expression la plus pure de la chrétienté, manifestée par les Cathares en dehors de l’Église, inquiète la papauté. L’Inquisition achève leur extermination à Monségur en 1244. La fin du miracle communal s’effectue avec une autre centralisation, celle du pouvoir royal. Débutée au XIIIe siècle, elle s’accentue sous Philippe le Bel avec de nombreuses persécutions, dont celle des Templiers[8] qui géraient le trésor de la Couronne. Elle se poursuit avec la création des trois ordres : noblesse, clergé et tiers état, puis du statut de bourgeois du roi[9]. L’anoblissement de la grande bourgeoisie affaiblit le tiers. L’administration royale est renforcée par la noblesse de robe qui réduit les libertés communales. Entre 1347 et 1352, la misère et les famines provoquent la « peste noire » qui décime une très grande partie de la population mondiale et européenne.
En pleine Renaissance, un enseignement attribué à Hermès Trismégiste (IIIe ou IIe siècle av. J.-C.), intitulé Corpus Hermeticum, est traduit par Marsile Ficin et imprimé en 1471[10]. Ce livre lance l’hermétisme ; la culture chrétienne médiévale n’est plus à l’honneur. Un maniérisme intellectuel entiché de littérature et d’art antiques se développe.
Les abus de la papauté provoque un schisme. Les guerres de Religion entre Catholiques et Protestants ont des conséquences sévères avant la signature de l’édit de Nantes par Henri IV en 1598.
La Société des Amis ou quakerisme fondé en Angleterre en 1648, proche du christianisme primitif, se développe dans les pays anglo-saxons, mais pas en France. La communauté chrétienne des Amish, issue d’anabaptistes suisses, fondée en Alsace en 1693, qui menait une vie austère proche de celle des Quakers, est expulsée du royaume par Louis XIV en 1712.
Le cycle de l’éveil étant terminé depuis longtemps en France, l’homme, devenu étranger à lui-même, ne cesse plus de se perdre en conjectures religieuses puis patriotiques guerrières dictées par le pouvoir centralisé. Les guerres affirment les États en confisquant le droit de vivre au peuple. La Révolution de 1789 renie le christianisme avec la royauté. La Terreur, les révolutions et les guerres de plus en plus meurtrières ne cesseront plus de s’enchaîner en laissant des cicatrices.
La destruction de l’homme véridique s’est poursuivie avec la première révolution industrielle qui a détruit les petits métiers, prolétarisée les masses et augmentée la misère du peuple.
La crise financière des années 1930, organisée par l’oligarchie financière internationale basée à Londres et à New York, détruit l’économie réelle. Le chômage de masse finit par effacer tous les bienfaits que l’homme pouvait trouver dans le machinisme et l’idée de progrès technique. Les mêmes cartels anglo-américains[11] financent l’économie de guerre qui porte Hitler au pouvoir. L’homme occidental perd un peu plus confiance en son avenir avec l’industrialisation de la mort dans les camps de concentration nazis et les bombes atomiques lâchées sur le Japon.
Pendant les trente glorieuses (1945-1975), l’américanisation de l’Europe, sous couvert de progrès technique, a jeté l’homme occidental à corps perdu dans le consumérisme, la destruction de son environnement et de lui-même. La flèche du temps semble s’être arrêtée dans l’imaginaire occidental. L’homme se retourne vers son passé historique dont les recettes semblent les seules capables à lui offrir un autre futur que l’effondrement environnemental et l’anthropocène.
De nouvelles communautés non-violentes se sont développées en Europe à partir des années 1950, dans les pas de Gandhi, comme les communautés de l’Arche fondées par Lanza del Vasto, mais elles sont restées trop minoritaires pour relancer la spiritualité en Occident. La décadence de l’homme occidental explique à elle seule que la signification du symbolisme roman a été oubliée. Cet oubli m’a d’autant plus étonné que les Éditions Zodiaque, qui m’ont été recommandées par le médiéviste saintais Alain Michaud, ont été créées en 1951 par dom Angelico Surchamp à l’abbaye bénédictine de Sainte-Marie de la Pierre-Qui-Vire (Yonne) où a été éditée et imprimée la majeure partie des collections. Les autres ouvrages de référence que j’ai consultés avouent également ignorer le sens profond des symboles romans. La meilleure étude revient à Anne et Robert Blanc.
Impossible interprétation symbolique : N’ayant pas trouvé la signification des symboles romans, certains auteurs font référence à des sources grecques antiques. Marie-Madeleine Davy écrit dans Initiation à la symbolique romane : « les analogies reliant le microcosme et le macrocosme forment le fondement du symbolisme médiéval et explique l’importance donnée à l’univers. » (p. 159). La Table d’émeraude d’Hermès Trismégiste dit bien : « Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut ; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose. ». Le mémoire de Francesco Baroni intitulé De l’icône religieuse au symbole littéraire – L’élaboration d’une imagerie micro-macrocosmique dans la philosophie du XIIe siècle et sa diffusion dans les romans en français de la même époque, de juin 2005, reprend la même approche hermétique que Davy. Il faut rappeler que l’enseignement d’Hermès était inconnu au XIIe siècle puisque la traduction de Ficin date de 1461, son impression de 1471, comme nous l’avons vue.
L’hermétisme va introduire les sciences occultes comme l’alchimie et l’astrologie en Occident. Ces disciplines seront interdites par le christianisme, mais l’occultisme ne cessera pas de se développer. J’ai personnellement passé une vingtaine d’années à les étudier sans obtenir les résultats attendus. J’ai acquis des connaissances pluridisciplinaires qui m’ont permis de faire quelques découvertes en archéoastronomie et d’écrire Astronomie et Civilisation. J’ai gardé un intérêt pour les croyances et les énigmes, comme en témoigne le présent opuscule.
Voici, pour présenter les interprétations modernes majoritairement retenues des symboles romans, quelques passages d’un ouvrage collectif dirigé par Jacques Lacoste : « Malgré les nombreuses études des chercheurs (…) la sculpture romane en Saintonge apparaît toujours comme une production artistique (…) à l’iconographie parfois déconcertante (…). On se trouve en présence d’un art dont on ne parvient ni à saisir les grandes articulations, ni, a fortiori, à le comprendre en profondeur. » (p. 7) « En effet, on constate que, dans tous les monuments deux types d’images sans rapport l’un avec l’autre apparaissent. Dans le premier, les reliefs illustrent les grandes vérités du dogme chrétien (…). Dans le second on ne rencontre plus que des images de pur décor, qu’un mélange foisonnant de formes végétales, de figures humaines, animales ou hybrides (…) qui introduisent une certaine confusion dans la compréhension de l’iconographie (…) ». « Les œuvres (…) réalisées par des mains encore malhabiles (…) suivent encore des formules extrêmement simples. » (p. 11). Les auteurs disent plus loin que les chapiteaux de Saint Eutrope, réalisés « aux environs de 1110, sont parmi les plus beaux que l’on puisse admirer dans la sculpture romane. ». (p. 13)
Chapiteau à l’intérieur de la crypte située sous la basilique Saint Eutrope de Saintes
Les bâtisseurs n’ont pas choisi l’intérieur des édifices par hasard pour représenter des chapiteaux « richement sculptés (…) de larges feuilles d’eau terminées par un bouton ou une volute (…) pour beaucoup (…) dérivés de la palmette ou de l’acanthe (…) »[12]. Nous pouvons observer dans la crypte de la basilique Saint Eutrope une succession de compositions végétales qui écartent l’idée de compositions « malhabiles ». Je pense que les symboles monstrueux situés à l’extérieur et les symboles végétaux situés à l’intérieur des édifices font appel à deux registres iconographiques différents qui s’enchaînent dans une scénographie biblique. Les auteurs écrivent encore : « L’enracinement en Saintonge de cette double tendance artistique date à n’en pas douter de la décoration de la croisée du transept de Saint Eutrope. (…) Des monuments clefs (…), Saint Eutrope à Saintes est celui qui a eu l’action la plus durable tout au long de la période romane. » (Davy, p. 8).
Monstres qui se neutralisent dans la crypte de la basilique Saint Eutrope à Saintes
Selon une autre source, les figures s’inspirent « essentiellement de thèmes végétaux pris le plus souvent dans les entablements romains – où dominent les rinceaux, les palmettes, les fleurons » (Davy, p.11-12). La première figure ci-dessus, présente dans la crypte de Saint Eutrope, représente des monstres qui se neutralisent. Quand les monstres sont situés à l’extérieur des édifices, l’iconographie change de registre. Les monstres dévorent des hommes comme le montrent les deux figures situées en dessous de la première. Elles sont situés de chaque côté de l’entrée de l’abbaye de Saintes.
Un très beau documentaire datant de 2020, de Gilbert F. Buecher, fait le point sur les symboles romans selon les livres d’Anne et Robert Blanc. Début de citation : « mille ans d’oubli ont passé et nous ne savons plus retrouver la simple et profonde signification des choses. ». Les monstres que l’on trouve à l’entrée extérieure des édifices ou « les gardiens de la porte », au nombre en général de deux, représentent l’homme du monde profane. Ils symbolisent, selon les auteurs, notre partie animale qui nous soumet à la matière, au péché et tout le chemin qu’il nous reste à parcourir pour accéder au sacré.
Les représentations végétales harmonieuses et bien souvent symétriques, (situées à l’intérieur des édifices), rappellent l’arbre de la connaissance de la Genèse où l’homme était encore dans sa pureté originelle et ne voyait que la vérité. Mais, après avoir mangé le fruit défendu, l’homme entre dans la dualité. Adam et Eve réalisent de leur nudité.
Monstres dévorant des hommes de chaque côté de l’entrée de l’abbaye-aux-Dames de Saintes
La barbe et les hommes qui se tiennent par la barbe symbolisent l’animalité et la chute. Le symbolisme du « vieil homme » barbu ce tenant les genoux, qui semble écrasé par le poids de l’édifice, sous un chapiteau, est interprété comme une personne hostile à tout changement. Pour sortir de son état, son moi qui s’oppose à Dieu, il doit mourir réellement à la conversion et renoncer à son attachement au désir matériel. Oui, mais la question qui se pose aujourd’hui à l’homme est de savoir comment retrouver Dieu, ou se retrouver lui-même, au milieu de l’absurde de la civilisation occidentale, qui l’a éduqué au matérialisme, à la cupidité et à la peur de tout.
Le fardeau intérieur que porte la nature humaine est souvent représentée par un homme jeune soutenant une charge. La langue tirée symbolise la condition de l’homme de la chute et les deux langues le double langage tenu selon la personne à qui l’on s’adresse. L’homme qui saisit ses pieds symbolise le retournement après la conversion .
Homme écrasé sous un pilier à l’extérieur de la Cathédrale Saint Pierre de Saintes, côté cloître
L’alpha et l’oméga inversés, lu de la gauche vers la droite, comme le chemin de Saint Jaques qui va d’est en ouest, représente le chemin intérieur inversé que doit parcourir le pèlerin, qui va « du moi au soi ». Deux monstres buvant dans une même coupe signifie la réconciliation des deux natures de l’homme, probablement dans l’eucharistie. « Être un, c’est retrouver ce double céleste, cette nature divine en soi, le double en question est celui qui a pour vocation de nous faire sortir du piège de la matière où nous sommes tombés pour des raisons inexprimables. (fin de citation)
Ce que dit la Bible : La Bible contient des paraboles qui résonnent comme un éternel recommencement. Le sentiment de fin des temps que nous vivons est probablement le même que celui de l’homme du début de notre ère et de celui avant le passage de l’an 1000. L’homme antique et l’homme médiéval ont trouvé leur salut dans la religion. L’homme moderne peut imiter ses ancêtres pour se libérer de la violence et changer de cap.
Dans le Guide de la Révolution non-violente, je rappelle : l’apôtre Matthieu dans le Nouveau Testament, au début de notre ère, donne la bonne réponse à la violence 5:38 : « Vous avez appris qu’il a été dit : “Œil pour œil et dent pour dent”[13]. 5:39 : Et moi, je vous dis de ne pas résister au mauvais. Mais quelqu’un te donne-t-il un coup sur la joue droite, tend-lui aussi l’autre. 5:40 : Et à qui veut te citer en justice et prendre ta tunique, laisse-lui aussi ton manteau. » Le verset suivant exprime le pouvoir du don de soi 9:6 : « Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi, dit-il alors au paralytique, prends ton lit et va-t’en chez toi. » 9:7 : « Et, se levant, il s’en alla chez lui. ». Aujourd’hui, bien tardivement, j’affirme que la force spirituelle et de l’amour peuvent faire des miracles.
Il faut rappeler que la Genèse, dans l’Ancien Testament, place Adam et Ève dans un jardin, la Terre, et les met en garde de ne pas manger le fruit défendu qui pourrait les entraîner, eux et leurs descendants, à leur perte. Début de citation : « Dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles a supporter. Car les gens seront égoïstes, amis de l’argent, vantards, orgueilleux, blasphémateurs, désobéissants à leurs parents, ingrats, infidèles, sans affection, sans esprit d’entente, calomniateurs, sans maîtrise [d’eux-mêmes], cruels, sans amour du bien, traîtres, entêtés, gonflés d’orgueil, amis des plaisirs plutôt qu’amis de Dieu, ayant une apparence d’attachement à Dieu, sans que la force de l’attachement à Dieu influence leur vie. » (Timothée 3:1-5).
Cette autre mise en garde biblique défit les temps actuels, où tout le monde est pressé, où tous veulent s’enrichir au détriment d’autrui et des peuples du Sud. Citation : « Les hommes rapides ne gagnent pas toujours la course, ni les hommes forts la bataille, les sages n’ont pas toujours à manger, les intelligents ne sont pas toujours riches, ceux qui ont la connaissance ne réussissent pas toujours, parce que temps difficiles et événements imprévus les surprennent tous. » (Ecclésiaste 9:11). Et encore : « Mieux vaut un plat de légumes, là où il y a de l’amour, qu’un taureau engraissé, là où il y a de la haine. » (Proverbes 15:17)
Je pense que l’important n’est pas de savoir quel Dieu vous priez, si Dieu existe ou pas, mais de retrouver votre force intérieure dans vos méditations ou prières pour voir accomplir vos souhaits avec amour. Dieu n’est rien d’autre que le rappel, le retournement, la conversion par la foi qui ranime votre étincelle spirituelle intérieure. Il existe autant de chemins qui mènent à soi que de religions et de pratiques spirituelles non religieuses.
Autres citations : « (…) je suis ton Dieu, celui qui t’enseigne pour ton bien, celui qui te guide sur le chemin où tu dois marcher. » (Isaïe 48:17) – « Heureux ceux qui sont conscients de leurs besoins spirituels, puisque le royaume des cieux leur appartient. » (Matthieu 5:3) – « Tu dois aimer ton prochain comme toi-même. » (Matthieu 22:39) – « Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. » (Luc 6:31). Nous pourrions poursuivre les citations de la Bible dont le message a été entendu par les bâtisseurs de ces grandes Maisons de Dieu que sont les basiliques, les églises, les abbayes et les cathédrales.
Ce que me disent les symboles romans : Tout a commencé le jour où une amie a attiré mon attention sur le sens de quelques symboles romans autour de la porte de l’abbaye-aux-dames de Saintes ; merci Marie-Hélène. Ma démarche philosophique localiste, qui me pousse à mieux observer et analyser tout ce qui m’entoure à Saintes, m’a incité à en savoir plus. Début août 2022, j’ai donc acheté les livres qui font autorité sur le sujet. Le mystère qui entoure les symboles romans m’a aussitôt transformé en enquêteur, mais pour peu de temps. Le 4 août, après la première séance de photos des symboles de la cathédrale Saint Pierre de Saintes, en sortant de l’édifice, le lien qui unis les symboles romans intérieurs et extérieurs des édifices m’a sauté aux yeux. Je revivais le film d’un pèlerin du XIIe siècle.
Après avoir photographié les gargouilles hideuses et le petit homme écrasé sous le poids de l’édifice présenté ci-dessus, je suis rentré dans cette magnifique « maison de Dieu » baignée par la lumière des vitraux. En sortant de la cathédrale, le bruit des voitures, les cris, les odeurs d’essence, l’agitation, m’ont rappelé les contraintes des figures qui entourent l’édifice. J’en ai aussitôt déduit que l’iconographie extérieure aux édifices exprimait l’idée biblique de la chute et celles situées dedans l’idée de l’harmonie intérieure qui survient après la révélation. Une idée en partie exprimée par le couple Blanc, mais que j’ai approfondie. Idée simpliste me direz-vous, oui, aussi simple que l’homme médiéval, parce qu’elle vient du cœur.
Les bâtisseurs romans ont représenté, dans un délire artistique foisonnant de monstres, toutes les passions, addictions et tentations auxquelles l’homme est soumis dans sa chute. Ces monstres dominent toujours l’homme, représenté en plus petit, juste en dessous d’eux, comme le montre la figure précédente. Le pèlerin découvre ces figures monstrueuses tout au long de sont voyage. Elles disparaissent, avec toutes les vicissitudes de la vie, quand il franchit le seuil des Maisons de Dieu sur les routes de Saint-Jacques-de-Compostelle. Tout s’illumine dans l’harmonie architecturale. Il reçoit le gîte et le couvert et se sent fortifié quand il relève la tête de ses prières.
Seule l’imagerie pouvait remplacer l’écriture et parler aux pèlerins pour lui rappeler les vertus de La loi d’amour du Christ et du pardon. Je n’ai pas eu à faire d’effort pour le comprendre et je me suis étonné que certains en fassent un mystère. Je pense que la foi chrétienne a été le moteur du Miracle communal et le socle de notre civilisation comme l’a démontré l’histoire ci-dessus avant que le centralisme étatique ruine toutes les espérances de paix.
Les projets littéraires proposant une paix perpétuelle en Europe n’ont pourtant pas manqué : le moine français Émeric Crucé en 1623, le quaker et homme politique, fondateur de la ville de Philadelphie, William Penn, publié en 1693, l’académicien français l’abbé de Saint Pierre, publié en 1713, projet relancé par Jean-Jacques Rousseau en 1761, le philosophe Emmanuel Kant en 1796… Après la Première Guerre mondiale, les artisans de la Société des Nations, dont faisait partie l’illustre député français Louis Blanc, sont parmi les architectes de paix qui croyaient encore en l’avènement d’une paix perpétuelle.
Les 2 monstres dominant un homme à l’entrée de la cathédrale Saint Pierre à Saintes
Pour en revenir à mon chemin de vie, le rappel envoyé par le symbolisme roman, m’est apparu comme étant un signal lancé à la civilisation sur son déclin avec la maltraitance des hommes, de la nature et le réchauffement climatique (voir Solutions pour le climat et l’humanité !). La signification profonde de l’iconographie romane nous ramène aux sources de la chrétienté des premiers temps, aux écrits des prophètes qui ont donné des conseils aux hommes pour les maintenir dans un équilibre intérieur, afin d’éviter les catastrophes.
Une autre explication m’est venue au mois de novembre 2022. Il s’agit des deux travées murées qui entourent la porte principale sur les premier et deuxième niveaux des principaux édifices romans comme celui de l’abbaye de Saintes (voir la photo suivante). Je pense qu’il ne s’agit pas seulement d’une technique architecturale esthétique, car elle n’a rien d’esthétique. Mon explication est la suivante : si on cherche à faire des détours, en passant par la porte de droite ou de gauche pour accéder à Dieu ou à soi-même et non par l’entrée principale du cœur, on se heurte à chaque fois à un mur. Le second étage du mur d’entrée présente la même idée. Au centre est un vitrail qui laisse passer la lumière à l’intérieur de l’édifice et de chaque côté deux fenêtres murées font barrage à la lumière. L’homme relâché, qui ne fait pas d’effort sur lui même, grâce à la méditation et la prière, ne sort pas de sa nuit intérieure. Nous en voyons le résultat chaque jour.
Jean-Paul Alonso et deux de ses petits-enfants à l’entrée de l’abbaye-aux-Dames de Saintes
Conclusion : L’iconographie romane est l’occasion de nous rappeler que nous pourrions reprendre le même chemin que l’homme médiéval. À son instar nous pourrions retrouver un équilibre intérieur qui s’incarnerait dans la vie de la cité idéale. Le retour de la foi et de la véritable démocratie permettrait l’avènement d’une société non-violente et un accomplissement complet de nos vies que je m’efforce de présenter dans La Bienheureuse, pour la révolution mondiale pacifiste qui est en cours d’écriture.
Un nouveau cycle d’amour et de paix peut encore nous relier à l’universel et nous sauver des dangers du monde actuel. L’homme moderne a grandement besoin d’un retour à la spiritualité pour résoudre ses problèmes. Effectivement, les prophètes avaient perçu toutes les difficultés que l’homme rencontrerait en négligeant sa vie intérieure et qu’il se dirigerait vers une fin probable de l’humanité qu’il a nommé « apocalypse ». Je ne cesse de le dire par ailleurs dans mes écrits de philosophie politique et spirituelle, la future révolution doit commencer à l’intérieur de nous-mêmes (Pour la révolution intérieure, 2020).
Dodécaèdre romain
par Jean-Paul Alonso
(Version révisée de l’article du 20 juillet 2019 proposé à la SahCM)
Introduction : S’il a été avancé que le dodécaèdre romain, présent dans le mobilier archéologique du Ier au IIIe siècle dans le nord de l’Europe, pourrait être d’origine astronomique, rien ne le prouve et des explications fantaisistes circulent toujours à son sujet. Amateur en archéoastronomie, j’apporte des éléments qui renforcent l’hypothèse d’un objet à usage astronomique et cultuel en reprenant la théorie de l’univers de Platon et l’explication astronomique que j’ai apportée aux anneaux-disques du Néolithique européen.
Découverte du dodécaèdre : Samedi 20 juillet 2019 à Saintes, sur le stand astronomique des fêtes romaines, j’ai été intrigué par un objet, qui n’avait pas encore trouvé d’explication sérieuse, selon le responsable du stand, qui tient l’objet dans sa main sur la photo. Auteur de nombreuses recherches et découvertes présentées dans l’opuscule Astronomie et Civilisation, qui retrace l’histoire de l’astronomie ancienne dans toutes les civilisations, avec une approche pluridisciplinaire, le dodécaèdre ne pouvait que capter mon attention.
Dodécaèdre romain évidé et bouleté – reconstitution
En le voyant sur le stand, j’ai aussitôt pensé qu’il était conçu pour un usage astronomique et cultuel comparable à celui des anneaux-disques du Néolithique européen ou chinois. J’apporte ici des idées qui renforcent ces hypothèses en reprenant la théorie de l’univers exposée par Platon dans le Timée[14] et les propos que je tiens au sujet des anneaux-disques européens.
Première hypothèse : L’usage astronomique du dodécaèdre romain a déjà été avancé[15] parmi d’autres idées très différentes, mais sans démonstration, d’où sa présence sur le stand d’astronomie. Je pense, selon Platon, que cet objet représente un modèle d’univers. L’Allemand Johannes Kepler « est le dernier savant néo-pythagoricien (…) qui cherchait un modèle d’univers constitué de polyèdres exposé en 1597 dans son Mysterium Cosmographicum ». J’ai représenté ce modèle à gauche de la planche suivante[16].
Plus tard, Kepler infirmera sa théorie avec sa découverte des équations qui régissent le mouvement des planètes, sur la base des relevés de position de la planètes Mars, effectués par l’astronome Tycho Brahe. Ses calculs lui apportent la preuve que les lois qui régissent le mouvement des planètes ne s’inscrivent pas dans des polyèdres réguliers ou des cercles comme l’imaginaient tous les Anciens.
Johannes Kepler en noir et blanc, Astronomie et Civilisation ©, Jean-Paul Alonso, 2003
L’univers keplérien-pythagoricien présente les planètes du système solaire circonscrites dans des sphères ou les polyèdres suivants : Mercure/octaèdre ; Vénus/icosaèdre ; Terre/sphère ; Mars/dodécaèdre ; Jupiter/tétraèdre ; Saturne/cube (les autres planètes Uranus et Neptune n’étaient pas encore connues). L’univers des Anciens est fini, il s’inscrit dans la sphère des étoiles fixes. La planète Mars symbolise en astrologie l’énergie et la force virile.
Nous allons voir que Kepler ne suit pas à lettre la description de Platon[17] qui associe les polyèdres aux éléments constitutifs de l’univers et non aux planètes. De plus, Kepler représente les planètes et luminaires connus à son époque selon le système héliocentrique de Copernic et non le système géocentrique platonicien ; le soleil occupe le centre de son système du monde. Selon Platon la Terre et non le Soleil est au centre de l’univers dont les limites est la sphère des étoiles fixes symbolisée par le dodécaèdre.
Platon associe 5 figures géométriques, bases de 5 polyèdres réguliers à un élément de l’univers : le triangle pour le tétraèdre (4 faces) et le Feu, le carré pour le cube (6 faces) et la Terre, l’octaèdre (8 faces) et l’Air, l’icosaèdre (20 faces) et l’Eau, et enfin le pentagone pour le dodécaèdre (12 faces). Il dit au sujet de ce cinquième polyèdre régulier, après avoir présenté les 4 autres : « Il restait encore une combinaison, la cinquième ; c’est à l’Univers que le Dieu en fit l’application, pour en dessiner l’épure. » (55-c et 56-b). Le dodécaèdre possède 12 faces en forme de pentagone, 20 sommets et 30 arêtes. Aristote associait au dodécaèdre un cinquième élément l’« éther ».
Pentagone étoilé
Le dodécaèdre fascine, parce que sa diagonale divisée par son côté est égal au nombre d’or Φ 1.61803398875… Φ est encore appelé « divine proportion » parce qu’on le rencontre partout dans la nature. De plus, qu’en on relie les 5 sommets du pentagone on obtient une étoile à cinq branches qui peut se reproduire à l’infini puisque l’étoile reforme un petit pentagone en son centre.
Les 12 pentagones juxtaposés, dits « dodécaèdres de Genève » ci-dessous, nous ramènent à l’astronomie[18] parce qu’ils contiennent les noms latins des 12 signes zodiacaux.
Voilà pour la première hypothèse qui relie symboliquement le dodécaèdre à la notion d’univers.
Deuxième hypothèse : Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que le dodécaèdre était un instrument d’observation astronomique, comme l’était assurément le hüan-chi chinois, et très probablement l’anneau-disque européen, comme je l’ai proposé dans La revue de la Manche en décembre 2011, et plus en détail dans une réédition d’Astronomie et Civilisation en 2015[19]. Je pense également que cet objet a pu avoir une fonction cultuelle, comme l’anneau-disque, à une époque où la religion était omniprésente.
C’est en 2010, dans le département de la Manche, que j’ai découvert « l’anneau disque du Calenfrier » dans une exposition au Tourp de la Hague vers Cherbourg-Octeville. Cet anneau de pierre, d’un diamètre extérieur de 13 cm et intérieur de 7 cm, était présenté comme étant un bracelet du néolithique. J’ai aussitôt fait le rapprochement avec les anneaux astronomiques chinois antiques et entrepris des recherches. Ma surprise a été de découvrir que cette hypothèse avait été déjà avancée, sans avoir été retenue par les archéologues. Effectivement, En 1944, Curtet rappelait la ressemblance des anneaux européens et des anneaux chinois : pî, houan et yuan[20].
Un autre document[21] postérieur au précédent, datant de 1954, intitulé Le dodécaèdre, Image de l’univers, a été mis en ligne le 14/09/2022 par la bibliothèque de l’ETH de Zurich.
Planche originale Chine ancienne, Astronomie et Civilisation ©, Jean-Paul Alonso, 2003
Je rappelle dans Astronomie et Civilisation certaines connaissances astronomiques utiles pour bien comprendre ma démarche : « Nous savons que la Terre tourne sur son axe, mais tous les Anciens pensaient qu’elle était fixe (géocentrisme), et qu’une sphère céleste tournait sur l’axe du monde autour de la Terre. Cette vision repose sur le sentiment qu’a tout observateur du ciel d’occuper le centre de l’univers. Effectivement, le mouvement apparent de l’axe des pôles célestes entraîne les étoiles qui ne se couchent pas sous l’horizon (étoiles circumpolaires) comme les aiguilles d’une horloge autour du pôle céleste. Les voyageurs connaissent depuis toujours ce phénomène qui leur sert pour localiser le Nord. D’où l’idée chez les anciens peuples qu’un empire céleste occupait la zone du pôle céleste (macrocosme), qui gouverne le monde d’en bas (microcosme). »
Un autre facteur explique pourquoi l’étoile polaire n’a pas toujours voisiné avec le pôle céleste : « Il faut savoir que la Terre possède trois mouvements principaux : la rotation sur elle-même en 24 heures, la révolution autour du Soleil en 365,24 jours et la précession des équinoxes. Cette dernière se traduit par l’avance du Soleil sur l’écliptique (les constellations du zodiaque) d’environ 50 ’’ d’arc – 1/72 de degré – à chaque équinoxe de printemps. Elle est due au fait que la terre est aplatie d’environ 10 km à chaque pôle et que le Soleil, la Lune et les planètes exercent des forces (torseur) qui font décrire à l’axe terrestre – qui se confond à l’axe du monde – un cône en près de 26 000 ans.
Ce mouvement, appelé encore la grande année précessionnelle, fait que les saisons calendaires seraient inversées tous les 13 000 ans, si le calendrier n’était pas corrigé avec les années bissextiles entre autre. Le croquis ci-dessus montre ce déplacement conique, une étoile ne correspond pas toujours avec l’axe du pôle céleste. L’Étoile Polaire – Alpha de la constellation de la Petite Ourse – ne coïncide donc pas toujours avec le pôle nord céleste. « En 2000 av. J.-C., elle était éloignée de 22 degrés du pôle, et de 32 degrés en 4000 av. J.-C. Elle coïncidera à nouveau avec lui en l’an 27 910. » Les Anciens ont donc cherché des moyens pour localiser ce pôle magique qui se déplace sur le fond des étoiles fixes : « Quand aucune étoile n’indique le nord, il suffit de choisir certaines étoiles appropriées et de les placer autour d’un anneau perforé pour le localiser. »[22]
Mais l’interdisciplinarité n’est pas reconnue dans des académies cloisonnées. Certains archéologues m’opposent que les anneaux européens et les anneaux asiatiques appartiennent à des époques trop différentes. Mais pourquoi les hommes d’époques différentes n’auraient-ils pas suivi le même raisonnement ? Ils m’opposent encore qu’on a retrouvé beaucoup trop d’anneaux-disques placés dans les tombes pour qu’ils aient un usage astronomique.
« Pourtant, l’idée d’utiliser en parure des instruments sacrés n’est pas exclue (Curtet 1944, Cordier 1950). Et on peut imaginer – selon moi – que les anneaux-disques étaient placés dans les tombes au bras des défunts pour des raisons religieuses afin qu’ils retrouvent l’Empire céleste. Les pyramides égyptiennes étaient orientées vers le Nord à cette fin, et peut-être aussi les pyramides précolombiennes »[23], selon l’étude des plans des cités mayas que j’ai effectuée. Revenons au dodécaèdre.
En plus de deux siècles, les archéologues ont trouvé environ 116 dodécaèdres en bronze bouletés qui se ressemblent sans être parfaitement identiques. Les découvertes sont éparpillées sur une importante zone géographique européenne. La carte donne leur répartition géographique : en rouge, les sites de découverte et en gris les endroits où sont exposés ceux dont on ignore la provenance. Le mobilier archéologique trouvé avec certains de ces dodécaèdres est daté entre 100 à 300 après J.-C.
Carte établie par l’archéologue autrichien Michael Guggenberger[24]
Les petites boules qui surmontent les arêtes rappellent les étoiles fixes emprisonnées dans la sphère tournante de l’univers des Anciens. Elles devaient aussi symboliser les étoiles circumpolaires. L’univers en expansion ayant été découvert au début du XXe siècle, la sphère des étoiles fixes emprisonnant un univers fini était en vigueur. L’évidement circulaire des faces du dodécaèdre ressemble à la fenêtre d’observation des anneaux-disques astronomiques, et renvoie à l’idée de matrice dans laquelle l’univers s’est construit.
Je pense que le dodécaèdre romain avait plusieurs fonctions. L’une magique était censée conférer à son détenteur la force virile. L’autre astronomique, était celle du Houan ou Hüan-chi chinois ; elle consistait, entre autres, à localiser le pôle céleste avec les étoiles circumpolaires, et à faire de la divination en interprétant les anomalies célestes (comètes, étoiles filantes, supernovæ, etc.) détectées dans la fenêtre de l’objet.
La localisation des dodécaèdres romains sur l’ancien territoire celtique, plutôt que romain en Méditerranée, laisse supposer la survivance d’une pratique celte à l’époque romaine, d’un objet qui pouvait être initialement dans une matière plus périssable, ou qui aurait été systématiquement détruit à l’époque de la christianisation, avant de resurgir dans une matière indestructible, le bronze, des siècles plus tard et de disparaître à nouveau suite à de nouvelles persécutions.
Les hypothèses que l’on trouve sur l’usage du dodécaèdre, selon Jacques Mandorla[25], sont les suivantes :
– Une arme : casse-tête, pommeau d’épée…
– Un jouet : dé, objet pour jeu d’adresse, bilboquet…
– Un instrument : mesureur d’angle pour l’arpentage, appareil pour faire des calculs en astronomie, outil pour calibrer la fabrication de tubes de métal…
– Un objet de culte : porte-encens, amulette magique des druides, garniture de goupillon, instrument de divination astrologique…
– Un objet domestique : chandelier, porte fleurs…
– Un objet servant à calculer la meilleure date pour semer le blé d’hiver en fonction de la position du soleil. Thèse publiée en 1996 par le chercheur néerlandais Sjra Wagemans.
– En 2014, Martin Hallett a montré qu’il a pu servir à tricoter des gants de laine.
Autres hypothèses[26] :
– Selon la physicienne Amelia Sparavigna, les dodécaèdres étaient des télémètres.
– D’autres attribuent au dodécaèdre une signification culturelle gauloise.
– Schwarz y voit une sorte de « chef-d’œuvre » destiné à démontrer les capacités d’un artisan.
Conclusion : Sur toutes les hypothèses avancées sur le dodécaèdre romain, l’hypothèse astronomique et cultuelle doit retenir en priorité l’attention, car si elle n’est pas complètement nouvelle, elle a le mérite d’être mieux documentée.
Jean-Paul Alonso
Saintes, solstice d’hiver 2022
Bibliographie principale :
– Marie-Madeleine Davy, Initiation à la symbolique romane, Flammarion, 1977.
– Les Symboles de l’art Roman, 1999 ; Monstres, Sirènes et Centaures – Symboles de l’art Roman, 2006, Anne et Robert Blanc, éditions Du Rocher.
– Introduction Au Monde Des Symboles, Champeaux Gérard ; Saintoge romane, Eygun François, 1989, éditions Zodiaque.
– L’imagerie et la foi, la sculpture romane en Saintonge, sous la direction de Jacques Lacoste, 1998.
– Guide de la Révolution non-violente à la mémoire de Gandhi, Jean-Paul Alonso, 2008.
– Politéia, Traité de politique, pour la démocratie et l’écologie, Jean-Paul Alonso, éd. Arte-politeia, 2020.
– Pour la révolution intérieure à la mémoire de Srî Aurobindo, Jean-Paul Alonso, 2020.
– Astronomie et Civilisation, Jean-Paul Alonso, 2003.
Documents Internet :
– Le mémoire de DEA (format PDF) de Francesco Baroni, intitulé De l’icône religieuse au symbole littéraire – L’élaboration d’une imagerie micro-macrocosmique dans la philosophie du XIIe siècle et sa diffusion dans les romans en français de la même époque, rédigé sous la direction de Madame Jacqueline Cerquiglini-Toulet de Université Paris IV – Sorbonne, en juin 2005.
– Symboles de l’art roman sur les routes de Compostelle réalisé en 2020 par Gilbert F. Buecher, selon Anne et Robert Blanc : youtube.com/watch?v=aocS2HMwbnY
– Les citations bibliques sont extraites de la Bible des Témoins de Jéhovah en ligne.
Crédit photographique et pictural : Jean-Paul Alonso
Opuscule gratuit, téléchargeable et traduisible en 104 langues sur le site
éditions-arte-politeia.com
Notes :
[1]– Brahman : l’Absolu, l’Esprit, l’Être suprême, la Réalité, l’Éternel. (glossaire)
[2]– Ce chapitre est fait de plusieurs extraits de mon livre Politéia, 2020.
[3]– Les taxes et impôts seigneuriaux étaient : les corvées, la taille, le cens, le champart, les droits de banalité, l’afforage, le tonlieu, le terrage, les novales, l’indire, la mainmorte, le formariage, la forfuyance. (wikipedia.org).
[4]– Augustin est né 430 av. J.-C. à Hippone (Annaba en Algérie) dans l’empire. Il reçoit à Carthage (Algérie) l’éducation philosophique des lettrés romains. Manichéen, il n’a pas pu être influencé par le christianisme qui n’existait à son époque. L’Église a t-elle respecté ou interprété ses écrits ?
[5]– Érasme, collection Bouquins, Laffont, 1992, p924.
[6]– Les femmes au Moyen Âge, Eileen Power, 1979, p.76 ; La femme au temps des cathédrales, Régine Pernoud, 1980, p.21.
[7]– Extrait de Politeia, citation de Le Royaume inachevé des ducs de Bourgogne, Élodie Lecuppre-Desjardin, Belin, 2016.
[8]– L’ordre du Temple est né en Terre sainte en 1119 pour protéger les pèlerins se rendant à Jérusalem. Le procès de l’ordre du Temple est consécutif aux désaccords entre le roi de France Philippe le Bel et le pape Boniface VIII. L’ordre du Temple est accusé en 1307 par le roi de plusieurs chefs d’accusation. L’affaire débute le 13 octobre 1307 et se termine en mars 1314 avec la mort sur le bûcher du maître de l’ordre Jacques de Molay.
[9]– « Comme l’industrie et le commerce rapportent plus que les guerres et le servage, la richesse de la bourgeoisie ne tarde pas à dépasser celui de la noblesse terrienne. Si bien que la royauté, inquiète, instaure au XIIIe siècle le statut de « bourgeois du Roi » pour mettre l’élite du tiers état à son service. Des offices avec les titres de noblesse attachés à ces charges sont vendus. » (Politéia, JP Alonso, 2020)
[10]– vérifié avec universalis.fr/encyclopedie/hermetisme/9-l-hermetisme-a-la-renaissance/
[11]– https://solidariteetprogres.fr/hitler-pouvoir-par-londres-wall-street.html
[12]– Saintonge romane, p.43.
[13]– Loi du Talion (Ex. 21:24 ; Lev. 24:20 ; Deut. 19 : 21) présente dans la Torah ou Pentateuque, le livre du judaïsme, qui est constitué des cinq premiers livres : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome.
[14]– Platon, œuvres complètes, tome II, Timée, page 475-b, La Pléiade, Gallimard, 1950 réédition 2014
[15] – Notamment l’article de Jacques Mandorla du 27/09/2016 : http://ranky.blogspirit.com/archive/2016/07/25/artefacts-mysterieux-2-3077246.html – Robert Nouwen le signale aussi, sans précision file:///C:/Users/Mes%20Documents/Downloads/Les_dodecaedres_gallo_romains_ajoure_et.pdf,
[16]– Astronomie et Civilisation, Jean-Paul Alonso, 2003.
[17]– Contrairement à ce que sous-entend l’article fr.wikipedia.org/wiki/Solide_de_Platon.
[18]– file:///C:/Users/Mes%20Documents/Downloads/Les_dodecaedres_gallo_romains_ajoure_et.pdf, article de Robert Nouwen, docteur en histoire et archéologie de l’Université de Louvain.
[19]– La première version de cet opuscule m’a été demandée en 2003 par le service de communication du grand musée de Snecma où je travaillais (côté spatial), pour ma conférence au musée sur ce sujet.
[20] – Ce qui différencie ces trois types d’anneaux astronomiques, qui peuvent atteindre 20 cm de diamètre extérieur, est le rapport de leurs diamètres extérieur et intérieur. Ce rapport est égal à 5 pour le pî, 3 pour le houan, et 2 pour le yuan. Pour l’anneau-disque du Calenfrier, ce rapport est égal à 1,9.
[21]– www.library.ethz.ch, vu le 14/09/2022.
[22]– Astronomie et Civilisation, 2015.
[23]– Astronomie et Civilisation, 2015.
[24]– Vu sur http://ranky.blogspirit.com/archive/2016/07/25/artefacts-mysterieux-2-3077246.html
[25]– 60 trésors fabuleux à découvrir, Jacques Mandorla, éd. Trajectoire, 2015 ; ranky.blogspirit.com/archive/2016/07/25/artefacts-mysterieux-2-3077246.html
[26]– dailygeekshow.com/dodecaedre-objet-romain-mystere-rome-empire-romain/